Samedi 17 mars, François Hollande a participé à la conférence Renaissance en Europe organisée par quatre fondations européennes, avec Martin Schulz, président du Parlement européen (parti socialiste européen), Sigmar Gabriel, présidentdu SPD allemand, Hannes Swoboda, président du groupe S&D au Parlement européen, Pier Luigi Bersani, secrétaire du PD italien et Sergei Stanishev, président du PSE.

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A cette occasion, François Hollande a prononcé un grand et beau discours sur sa vision et son ambition pour l’Europe.

« Une Europe nouvelle doit voir le jour, plus solide, plus solidaire, plus sociale. Les conservateurs dirigent l’Europe depuis de longues années, de trop longues années. Leur bilan est lourd. L’Europe, en effet, traverse la plus grave crise de son histoire, crise financière, crise économique, crise politique et même une crise institutionnelle — pour ne pas dire existentielle. »

 Pour que l’Europe se renouvelle et se renforce, il faut tout d’abord qu’elle soit mieux gouvernée.

« Nous devons aller vers une responsabilité encore plus grande de la Commission européenne devant le Parlement européen, et du président de la Commission européenne devant le Parlement européen. »

Ensuite, face à l’Europe de l’austérité et de la crise produite par les gouvernements conservateurs, François Hollande propose une Europe volontariste, qui crée de la croissance, qui prend en main son destin économique en proposant un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance.

Ce traité sera surtout l’occasion de fixer des objectifs ambitieux à l’Europe, en particulier pour permettre enfin aux pays qui la composent de sortir de la crise économique et financière.

Ces objectifs sont au nombre de trois :

 Il y a d’abord la transition énergétique, la montée des énergies renouvelables, les économies d’énergies, les réseaux de transport – bref, tout ce qui nous permettra d’être à la fois plus économes dans les ressources que nous devons maîtriser (les matières premières), et en même temps d’avoir les capacités d’investissement qui nous permettront de créer de nouveaux emplois.

Le second objectif de cette mobilisation exceptionnelle de financements, c’est la recherche, l’innovation, les universités.

Le troisième objectif concerne la rénovation urbaine, la mutation de nos villes et l’emploi des jeunes : le chômage des jeunes en Europe atteint presque de 25 % !

Pour atteindre ces objectifs, François Hollande propose trois nouveaux moyens de financement :

Un financement par le recours à la Banque européenne d’investissement qui devra lever de nouveaux emprunts pour intervenir dans des projets de développement et de financement des entreprises.

La création (enfin !) des euro-bonds, c’est-à-dire la capacité pour l’Europe en tant que telle d’émettre des obligations pour financer de nouveaux projets de développement.

La création d’une taxe sur les transactions financières, réclamée de longue date par la gauche française et européenne avec une assiette large couvrant tous les échanges, tous les produits dérivés – et qui sera appliquée à autant de pays qui voudront y adhérer.

Mais François Hollande propose aussi de se servir des fonds structurels qui existent déjà, mais qui ne sont même pas utilisés : par exemple, le Fonds d’ajustement à la mondialisation , sorte de fonds européen anti-délocalisations, qui, aujourd’hui, n’est consommé que pour 10 % des crédits qui lui avaient été affectés.

Cette proposition de pacte de croissance est reprise par de nombreux responsables européens socialistes et sociaux-démocrates.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico, chef du parti Smer-SD, qui vient de gagner les éléctions législatives, soutient François Hollande dans sa volonté de renégocier le pacte fiscal. Il a déclaré le 14 mars : "Une consolidation budgétaire basée uniquement sur des coupes conduit à une plus haute inflation et à un chômage plus élevé. Ce n'est pas la bonne voie. Les opinions de M. Hollande sont très proches de nos opinions." 

M. Perez Rubalcaba, le chef du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), soutient également François Hollande dans sa volonté de renégocier ce pacte budgétaire. A la suite de leur rencontre le 14 mars, il a affirmé : "François Hollande est la grande espérance de la gauche européenne, et aussi espagnole. Nous partageons le même point de vue sur ce que l'Europe doit faire. Nous sommes conscients qu'il faut combattre le déficit budgétaire mais (...) il faut mettre en place des politiques de croissance". 

Finalement, le président des sociaux-démocrates allemands, Sigmar Gabriel soutient également cette initative,  comme il l’a annoncé dans une interview au journal Le Monde le 15 mars. "Il (François Hollande) dit, et il a absolument raison, que le pacte n'est que la moitié du chemin que l'Europe doit parcourir", ce "qui fait défaut dans le pacte fiscal c'est une initiative pour l'emploi et la croissance à l'échelle européenne. Une génération entière de jeunes sans emploi, c'est une véritable menace pour l'avenir de l'Europe".

 D’autres défis à relever

Le premier défi, c’est un échange commercial plus juste.

La réciprocité des échanges commerciaux est une nécessité fondamentale pour les pays européens.

L’Europe doit riposter aux mesures protectionnistes de certains pays émergents. Egalité d’accès aux marchés publics, harmonisation des normes sociales, des normes environnementales : si nous ne pouvons obtenir des progrès, l’Europe sera contrainte de taxer des produits. « C’est le sens de la taxe carbone aux frontières que nous proposons. » a précisé François Hollande. 

Le deuxième défi concerne la lutte contre la spéculation financière. Dans cette lutte, le mécanisme européen de stabilité devra avoir des liquidités plus importantes à sa disposition pour agir à la place des marchés financiers, incapables de réagir efficacement dans la crise.

En particulier, ce mécanisme européen de stabilité pouvoir disposer des liquidités indispensables auprès de la BCE. « Comment comprendre que les banques puissent accéder sans limite aujourd’hui à la Banque centrale européenne et qu’un mécanisme d’intervention pour lutter contre la spéculation financière en Europe ne pourrait pas le faire ? Eh bien, nous le ferons ! »

La BCE doit enfin voir son rôle élargi à la lutte contre la spéculation et l’action pour la croissance. 

« L’Europe doit rester notre avenir. ». Elle doit réussir la transition, les transistions : transition économique, transition financière, transition écologique, transition énergétique, et enfin (et surtout) la transition générationnelle, pour donner à la jeunesse la place qu’elle attend. 

Le troisième défi est de donner plus d’ambition à l’Europe dans la politique mondiale. L’Europe, la première puissance économique mondiale doit participer plus activement aux  processus des négociations au Moyen-Orient, doit mener une politique européenne de défense. 

« L’Europe est une puissance qui s’ignore trop, une puissance qui se retient – car elle a peur, même, d’être une puissance. […] Elle porte des valeurs, des principes qui sont ceux de la démocratie, de la liberté, du bien commun, du progrès. »